IVe Corps d'Armée Français

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Inspecteur Général Aux Armées
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Joined: Dec 2013
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Régiment: Commandement Général
Posted: January 2, 2014, 6:15 pm 

Spoiler:
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http://www.youtube.com/watch?NR=1&featu ... muFBK26TtE
Jusqu'à la fin de la musique, et à la fin, le texte n'est pas fini, enchaînez donc sur ça:
http://www.youtube.com/watch?v=Rgz4Y-tg4qU



Mon amour,

Un bête sourire s'est dessiné sur mon visage, lorsque ma plume ruinée a enfin gratté de son encre le papier humide que le service nous a donné. Triste affaire que cette guerre, je pensais jusqu'alors ne plus savoir écrire.
Tu sais, les choses vont si vite ici. On dit que cela fait une centaine de jours que nous marchons et bataillons. Cent jours, qui m'ont paru cent heures, une semaine tout au plus. Et en cent jours, j'en ai perdu des frères.
Tellement d'amis, dont les corps épuisés par vingt années de guerre furent détruits au combat, ont vu leurs âmes guerrières s'envoler vers quelques cieux. J'en ai compté trop, j'ai arrêté maintenant.
J'ai même perdu mon cheval, il y a deux jours à Ligny, où l'on a affronté les Prussiens. La brave bête me suivait depuis le début, depuis l'Italie où j'avais refusé de le manger. Te souviens-tu du premier jour où je l'ai monté ? Ce cheval fut plus brave que son cavalier à maintes batailles, je n'écrirais pas cette lettre aujourd'hui sans lui.
Nous campons en Belgique, au milieu de plusieurs villages, non loin de Bruxelles. Les gens là bas sont inhospitaliers, bien trop pleurent leurs fils perdus dans la conscription, déchirés dans la bataille. Mais tu me connais, je plains plus l'Empereur qui porte en sa conscience chaque homme qu'il a perdu que ces vieilles femmes qui feintent de pleurer des fils qu'elles employaient comme bétail avant la guerre.
On raconte que les Anglais ont débarqué il y a quelques semaines, et que nous affronterons enfin les homards. Beaucoup de soldats se disent hâtifs de tuer des uniformes rouges pour la première fois. La première fois, te rends-tu compte ? Si peu restent d'Espagne, et combien de Toulon ? Une centaine, au maximum, une poignée d'hommes, rien, une bande insignifiante de vétérans ronchons. Tu sais, maintenant, je suis fier de me dire de ceux-là.
Grand Dieu, si tu me voyais. J'ai presque une barbe tant je suis mal entretenu. Mes belles tresses que tu aimais tant sont sèches et en bataille, je n'ai pas quarante ans, et me voilà ridé. J'ai honte, je ne saurais me présenter encore devant toi, la guerre m'a trop changé.
A quand remonte notre dernière rencontre ? Tu sais surement, tu as toujours su retenir toutes les dates du monde. Je dirais, avant le retour d'Elbe, quand je partais rejoindre l'Empereur à son retour.
Je n'ai jamais autant marché durant ces cent jours. Nous avons enchaîné les batailles, repoussant comme toujours Russes, Autrichiens et Prussiens. Mais une chose différait cette fois, nous nous battions chez nous, en France. La France, tu ne sais pas comme elle me manquait quand j'avançais mon corps à moitié paralysé sur les steppes de Russies. Ce pays là hante toujours mes cauchemars. Combien de nuits me suis-je réveillé en sursaut, hurlant dans tout le camp "Aux cosaques ! Aux cosaques ! Embuscade !" ? Bien trop de nuits, et bien trop de mes heures passées à ne rien faire, assis tel un fantôme, hanté par ces images de terreurs que je voyais là bas. Jamais, et même après cent guerres, je n'oublierais le souvenir de ce fantassin qui s'enfonçait dans la Bérézina, me tendant le portrait de sa femme et sa montre à gousset, avant de disparaître bientôt. Il ne me reste que la montre à gousset.
Mais à quoi bon tout ça ? Je ne veux pas que tu lises une lettre narrant mes tourments, car des tourments j'en ai bien trop, et car les lettres illustrent souvent mal les vraies choses que leur écrivain a vécu.
J'ai perdu la notion du temps. On m'a apprit ce matin que nous sommes le 17 juin, c'est donc à cette date que je noterai cette lettre.
Je regarde dehors par le pli de ma tente, et si tu voyais ce que je vois. De Grande Armée il n'est plus que quelques milliers d'hommes épuisés par des heures trop nombreuses de marche. Ici je vois un vieil homme, trop vieux pour batailler, qui somnole, appuyé sur son mousquet, entre l'ivresse et la dépression, là bas je vois deux garçons, qui pourraient être mes fils à quelques années prêtes, qui s’entraînent avec un faux acharnement, espérant peut-être gagner quelques secondes de vie de plus une fois la mêlée lancée. Où sont les Aigles, les tambours par centaines, les hommes qui boivent et chantent ensembles accoudés à une table ? Où est l'héroïsme, la tenue, où est le panache ? Je ne vois plus rien de tout cela. Un mirage. J'ai conservé ce pommeau d'ivoire que j'avais gardé d'un Mamelouk que j'ai défait en Egypte, quel beau trophée c'était alors ! Il me sert désormais de souvenir, le seul physique qu'il me reste de ce monde dans lequel je fus grand cavalier, beau sabreur, chevauchant dans mille batailles au milieu de mes camarades, au milieu des centaines d'Aigles de la Grande Armée, à l'ombre de l'Empereur qui veillait sur mon sabre. Je sens une larme qui coule sur ma joue quand j'écris ces mots. Rien ne reste de tout cela, les Aigles sont morts, le peu d'entre eux qu'il reste est à l'agonie.
Je ne le dirais jamais assez, mais s'il y a bien un souvenir qui me demeure intact, c'est le tien. Je n'ai rien oublié de toi, et ce même si j'ai l'impression qu'un siècle nous sépare. Tes boucles brunes, qui ondulent sur tes épaules fines, tes yeux d'un jaune si profond que je m'y serais noyé, ton sourire rayonnant de tout le soleil du midi, et chaque battement de tes cils, je m'en rappelle. Comment aurais-je pu oublier ce pourquoi j'ai combattu ? La France, l'Empire, la liberté, certes je les ai aimés, mais jamais de la même ardeur que l'ardeur avec laquelle j'ai fais tombé mille ennemis, criant passionnément ton nom, qui tant de fois m'a fait tenir. Mon cœur est à toi, mon bras à ton souvenir, et je sabrais pour te revoir, je bataillais avec l'espoir de te survivre.
Dis moi, quel souvenir garderas-tu de moi ? Celui de l'homme fougueux et passionné ? Celui de l'homme meurtrit mais à tes côtés ? Ou bien garderas-tu en tête le dernier souvenir que je t'ai laissé il y a cent jours, celui de l'homme détruit mais aimant ? Je te prie d'une chose, garde ces trois en tête. Garde dans ton cœur l'image que tu as connue de moi, du début à la fin de cette folle histoire.
Le camp s'agite, la rumeur dit que la bataille serait demain. Ah ! Une bataille encore, une dernière ! Allons, n'ai-je pas connu pires tourments ? Qu'elle vienne cette bataille, j'en ferai mon affaire.
Je ne t'ai pas donné la vie que tu espérais peut-être, j'en suis désolé, j'ai toujours eu du mal à tenir mes promesses. J'aurais aimé te faire un fils, l'élever avec toi, ne pas te réveiller la nuit à cause de mes cauchemars. J'aurais aimé travailler comme marchand ou paysan, travaillant avec labeur la journée et rentrer t'embrasser le soir venu. J'aurais aimé tout cela, tant de choses que tu n'as pas par ma faute.
Mais laisse moi te faire une dernière promesse, qu'à coup sûr je tiendrai. Demain, face à l'ennemi je ne reculerai pas, je ne fuirai pas, je n'aurai pas peur. J'ai vu trop de choses pour avoir peur. Et demain face à l'ennemi, dans une dernière charge galante, mon sabre au clair pointé vers le ciel, au galop sur un cheval que je n'ai jamais monté, je te fais la promesse que tu seras dans mon cœur, et que j'hurlerai ton nom et mon amour de hussard pour toi aux ennemis qui perceront ce cœur quelques secondes plus tard, mais n'effaceront pas ton souvenir.
J'ai assuré ton avenir, mon testament est rédigé, tu vivras bien, j'ai accumulé suffisamment au cours de mes campagnes. Vivras-tu bien sans moi ? Je prie pour que ce soit le cas, donne un sens à mes prières, donne un sens à ta vie après cette guerre.
Je te couvre de mille baisers, je t'embrasse comme je t'aime, et finis sur ces mots.

Amour, si un jour, dans plusieurs années, tu croises un vétéran de cette guerre, qui racontera son histoire, je t'en prie, assied toi et écoute le. Parce que ce vétéran dont tu écouteras l'histoire, ce ne sera pas moi, mais son histoire sera la mienne.
Avec tendresse, ton mari qui t'aime.


- Maréchal des Logis Erik Thorvain,
7ème Régiment de Hussards,
IVe Corps d'Armée Français.

- Fait le 17 Juin 1815.




Par Erik

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