IVe Corps d'Armée Français

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Inspecteur Général Aux Armées
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Joined: Dec 2013
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Régiment: Commandement Général
Posted: January 2, 2014, 6:47 pm 

RP un peu spécial puisqu'il s'agit là d'une correspondance entre 2 personnages. Les lettres de l'un et de l'autre seront écrites par 2 personnes différentes, Erik et moi même.
Bonne lecture :thummup:



Quote:
Monsieur E. Thorvain
Pension de Madame Duval
Paris


Cher ami,
Je trouve le courage aujourd'hui de reprendre la plume, moi qui l'avait rangée, elle et mes cahiers en même temps que mon fusil. Je ne saurais dire ce qui me pousse à vous écrire en cette heure. Peut-être ces jeunes officiers arrogants qui ont aujourd'hui foulé le sol de ma chère ville Comtoise. Ces gens là ont encore moins connu le feu que nos Marie-Louises, et pourtant, ils se pavanent dans les atours que leur ont payé leur père comme s'ils les avaient mérités.
Vous comme moi avons combattu, des années, en témoignent les galons sur nos manches, les médailles sur notre torse et les cicatrices qui recouvrent chacun de nos bras, mais ces gens, ont-ils jamais connu quelque chose d'autre que leurs écoles royales ? Voilà pourquoi nous nous sommes battus ? Pourquoi nous avons traversé l'Europe ? Pourquoi nos camarades sont morts ? Pour voir un impotent répugnant sur le trône de France et une horde de lâches à la tête de nos régiments ? Quelle tristesse.
Les hommes de notre espèce faisaient rêver les femmes, les vieillards nous respectaient et les jeunes enfants nous enviaient. Tout ce que je vois dans le regard des gens n'est plus que pitié. Nous, les demi-soldes, qui avons commis le crime de faire don de notre vie pour la gloire de la France et de son drapeau, nous les vétérans d'Austerlitz et de Leipzig, nous qui avons connu Vienne, Berlin, Moscou, Madrid, Rome, quelle ville nos pieds n'ont-ils pas foulés, alors que nos voix, par milliers faisaient s'élever notre Hymne vers les cieux ? Nous étions les fils de la Constitution, nous voilà enfants orphelins d'un père dont la grandeur est soumise au déni.
Mais qu'y pouvons nous.
Je ne voulais pas me perdre dans ces sombres constats, mais les mots ont tendance à m'échapper. Sachez que j'ai retrouvé ma femme et ma fille. Mon fils étudie le droit à Paris, peut-être l'enverrai-je vous rendre visite. Rien n'a changé ici, c'est comme si le temps avait arrêté sa course il y a 15 ans. Ni les arbres, ni les collines, ni les cours d'eau. Seulement moi.
Peut-être vous souvenez vous de Vurpillot, avec qui nous avions joué aux cartes après Wagram ? J'ai rencontré son oncle qui m'a annoncé sa mort.
Je terminerai cette courte missive en vous souhaitant bonne santé et en vous saluant cordialement.
J'attends de vos nouvelles avec impatience camarade.

A. Nade
Le 2 mai 1814 à Besançon


Quote:
Monsieur A. Nade,
17 Rue des Granges,
Besançon.

Cher ami,
Quelle ne fut pas ma surprise, et ma joie, lorsque j'ai reçu ce matin votre pli dans ma pauvre demeure parisienne. Je me suis alors empressé, comme vous, de brandir ma plume comme j'aurais brandi mon sabre hongrois.
Grand Dieu, je ne sais par où commencer. Vous dites que Besançon est ridicule avec tous ces imbéciles heureux qui n'attendaient que le retour du gros Louis XVIII pour sortir se pavaner dans nos rues. Je le crois assurément, mais mon ami, si vous voyiez Paris ! La ville est un enfer, y vivre devient chaque jour une épreuve plus compliquée pour bon nombre d'entre nous. Tous les suspectés bonapartistes sont arrêtés sur le tas, on en voit des dizaines chaque jour. Je ris bien de tout cela. S'ils devaient arrêter chaque homme pleurant le départ de l'Empereur, la France n'aurait plus d'armée.
La paranoïa de ces gens là est étouffante. Je ne peux sortir de chez moi pour aller vider une bouteille avec des vieux amis sans que cela ne soit prit pour une réunion de comploteurs impérialistes, ou je ne sais quelle autre fantaisie. La capitale est au comble de son ridicule. Cette lettre que je vous envoie, si elle tombe entre de mauvaises mains, sera d'ailleurs brûlée aussitôt, et moi certainement fusillé.
J'aimerai tant revoir ma fougue passée me revenir. J'irai alors sabrer tout ces paons aux allures ridicules qui trainent leurs dentelles à la longueur interminable devant tous les vieux Grognards de 1812.
J'ai chaque jour devant moi la vision douloureuse de tous ces vieux soldats qui mendient devant les grands palais. Ils sont là par dizaines, avec leurs maladies d'Espagne, leurs béquilles d'Autriche, et leur bandeau à l’œil de Russie, et ils crient à longueur de journée, "Une petite pièce pour un vieux d'Austerlitz !", "J'étais au Pratzen, je suis l'un des braves !", "A manger pour un survivant de la Bérézina !" et tant d'autres encore.
Mais, comme vous le dites, nous n'y pouvons rien. Nous sommes les silencieux spectateurs de la fin de notre monde.
Je me réjouis de lire que vous êtes en bonne santé, et qu'il en va de même pour votre famille. Je serais également ravi d’accueillir votre fils, bien qu'honteux de le recevoir dans ma piteuse demeure.
J'ai moi-même retrouvée ma mie, qui est en bonne santé. Celle-ci s'inquiète plus de la mienne, mais je la rassure chaque jour en lui disant que son vieil hussard a vécu pires tourments. Comme vous, les temps ont changé et m'ont changé, je ne puis qu’espérer des temps meilleurs, où l'on pourra sortir du silence.
Je me souviens en effet de Vurpillot. Un bête sourire s'est dessiné sur mon visage à la lecture de son nom dans votre pli. Sourire qui s'est bien vite effacé, la mort de ce vieil ami m'emplit de tristesse, c'était un bon compagnon, et ce même s'il était un tricheur connu lorsque l'on jouait aux cartes. Vous annoncerez, s'il vous plait, mes condoléances sincères à son oncle.
Je vous souhaite de vous porter au mieux. J'attendrai votre prochaine missive aussitôt que vous pourrez m'en envoyer une.

E. Thorvain,
Le 18 Mai 1814, à Paris.


Quote:
Monsieur E. Thorvain
Pension de Madame Duval
Paris

Cher ami,

Cela a été un réel bonheur de lire votre missive. Je suis heureux d'apprendre que vous avez retrouvé votre aimée, vous qui ne tarissiez jamais d'éloge à son sujet. Je me souviens de ce bougre de chasseur que vous aviez rossé alors qu'il avait eu des mots déplacés à son égard. C'était en Autriche, ou en Prusse, impossible de me souvenir avec exactitude du lieu ni de la date. Quoiqu'il en soit, elles ont bien du mérites, les femmes de soldat. Combien de fois avons nous fait face à la mort, sans jamais tressaillir, dans le seul but de revoir leurs jolis yeux. Elles sont des Anges gardiens qui ont veillé sur nos misérables vies, du Rhin à là Bérézina.
Si ma réponse peut vous sembler tardive, c'est que j'ai eu à m'absenter quelques jours et que je n'ai eu votre lettre qu'à mon retour. J'étais aller visiter un homme dont on m'avait parlé. Un vétéran d'Italie, un vrai brave, parmi les premier des conscrits de 1793. Sa jambe a été arrachée au Pratzen, mais jamais sa fidélité n'a faillie. J'ai séjourné quelques jours dans sa ferme, l'aidant avec son travail agricole. Me remettre au travail m'a fait beaucoup de bien, vous devriez en faire de même. L'esprit n'est plus occupé quand les bras le sont. Pour aller droit au but, cet homme réuni souvent des gens comme vous et moi, il y a discussions et bonne entente, comme au bon vieux temps des campagnes.
Il m'a donné le nom d'un Monsieur Gribert, vivant à Montmartre et qui lui aussi organise des rendez vous de la sorte. Si l'envie vous prend d'y aller, dîtes que vous venez de la part de Joseph Brugey. Emmenez y mon fils, qu'il sache ce que son père a connu pendant tant d'années. Je lui ai transmis votre adresse, il vous écrira sûrement d'ici peu, si ce n'est pas déjà fait quand vous même recevrez ma missive.
Je serai bref aujourd'hui, une mauvaise toux, sans doute attrapée lors de mon voyage, m'empêche de me concentrer sur les mots, mais si l'hiver Russe n'a pas eu raison de moi, ce n'est pas ce ridicule ventelet de juin qui m'achèvera.
J'attends de vos nouvelles, vous me raconterez comment il en a été avec ce monsieur Gribert.
Je vous salue bien chaleureusement vous et votre dame.


A. Nade
Le 5 juin 1814 à Besançon


Quote:
Monsieur A. Nade,
17 Rue des Granges,
Besançon.

Cher ami,
J'ai dans cette lettre beaucoup à raconter, car maints événements sont apparus ces dernières semaines.
Quatre jours après la rédaction de ma première missive vous étant destinée, j'ai célébré mon quarantième anniversaire. Ce fut mon plus beau 22 Mai depuis des décennies. En effet, ma compagne, pour fêter cette nouvelle année, avait depuis plusieurs semaines contacté en secret beaucoup de mes anciens amis pour les faire venir sans que je ne le sache. J'ai revu bon nombre d'anciens soldats, avec lesquels j'ai par le passé combattu et vaincu. La plus heureuse de ces rencontres fut certainement celle du Capitaine Le Hénain, du 6ème Chasseurs à Cheval. Je ne sais si vous avez déjà eu l'occasion de rencontrer ce brave là. Nous nous étions, sans nous connaître alors, mutuellement sauvé la vie à la bataille de Wagram, où je n'étais alors que Brigadier au 7ème de Hussards, alors qu'il était Lieutenant de son régiment. Il m'avait tout d'abord tiré d'une piètre situation, en sabrant trois des quatre hussards hongrois qui m'entouraient - j'avais réglé son compte au dernier. Peu après, je me ruais à son secours, et le dégageait des deux cuirassiers qui l'assaillaient.
Après cette bataille, et avec la paix rétablie, je recevais un pli de sa main, qui m'invitait à aller boire avec lui. Tous deux grands amateurs de duel, vous imaginez bien que nous nous sommes très vite entendu à merveille. Nous vidions les bouteilles comme nous nous sabrions l'un l'autre, à longueur de temps.
Puis le destin l'a ramené en Espagne et m'a laissé en France, je ne l'avais plus revu depuis.
Parler de ces vieux moments de combats et de gloire m'a fait beaucoup de bien, et j'ai passé ce soir là une soirée formidable.
Au fur et à mesure que nous parlions, j'ai appris que Le Hénain était un proche ami de ce Monsieur Gribert, dont vous m'avez parlé, et qu'il se rendait fréquemment aux réunions organisées par cet homme. Vous imaginez alors qu'il n'a fallut que peu de jours avant que je ne soit convié à mon tour à l'un de ces rendez-vous. Lorsque j'ai rencontré Gribert, j'ai avancé comme vous me l'aviez conseillé le nom de Joseph Brugey, et aussitôt l'homme savait à qui il avait à faire, et me traitait comme un proche ami. J'ai déjà assisté a environ quatre ou cinq de ces rendez-vous, qui sont à chaque fois des moments très agréables à passer. Je n'ai malheureusement pas encore pu y amener votre fils, celui ci, certainement prit dans ses études, à du omettre de m'écrire.
Enfin, je crois avoir quelques renseignements qui, j'en suis sur, piqueront votre attention.
A la troisième réunion de Montmartre -c'est comme cela qu'elles sont appelées; j'ai fais la rencontre d'un ancien Major des Grenadiers de la Moyenne Garde. Un certain nommé Raymond Mournier, peut-être le connaissez-vous, vous qui étiez de la Garde. Il m'a affirmé qu'il entretenait de la manière la plus clandestine qui soit une correspondance avec un de ses amis de la Vieille Garde, qui est avec l'Empereur sur l'Île d'Elbe. Ainsi Mournier aurait put être mis au courant de l'état de l'Empereur, et m'en a rapporté les moindres détails. L'Empereur serait en bonne santé, et son moral aurait remonté avec les semaines. Il a lancé parait-il une série immense de réformes dans sa minuscule île, et celle-ci tournerait selon lui comme un vrai petit Empire Français.
Ces nouvelles m'ont rempli de joie. Savoir l'Empereur dans un bon état après toutes ces trahisons, ces machinations, et après son abdication m'a rassuré, et j'attendrai les nouvelles de Mournier avec la plus grande impatience. Vous pouvez d'ailleurs compter sur moi pour vous en narrer les moindres détails.
Je vous souhaite un bon rétablissement, et du bon courage dans votre travail. Saluez tous vos proches, et puisse cette lettre atteindre un jour votre porche.

E. Thorvain,
Le 29 Juin 1814, à Paris.


Quote:
Monsieur E. Thorvain
Pension de Madame Duval
Paris

Cher ami,
Avant toute chose, je souhaiterais vous souhaiter un bon anniversaire. J'espère que vous saurez excuser ma mémoire, altérée par des années de campagnes. Je suis ravi d'apprendre que vous vous sentiez à votre aise dans ces rendez vous, je suis cependant déçu que mon fils n'ait pas fait montre d'assez d'éducation pour se présenter à vous tel que je le lui avais demandé.
Je me dois de vous conter un événement des plus amusant, bien qu'ennuyeux, qui m'est arrivé il y a quelques jours de cela. Nous avions décidé de nous retrouver avec quelques camardes vétérans, afin de célébrer Wagram. Nous avions déjà vidé plusieurs bouteilles et mon ami Verneuil, ancien Hussard qui m'a assuré avoir combattu sous vos ordres, a entonné Fanchon de vive voix, sans doute était-il heureux d'apprendre que vous étiez encore en vie. Il y avait dans la salle un groupe de jeunes Aspirants royalistes, tous propres sur eux et à l'allure hautaine qui nous regardaient en ricanant. Je concède que notre état devait être risible, mais Verneuil, sous les effets de l'alcool et entraîné par son chant, s'est tourné vers ceux ci, et de sa voix puissante, a lancé un "Vive Lasalle, et vive l'Empereur !". Il n'en fallut pas plus pour que nous soyons défiés en duel. Nous nous retrouvâmes, quelques minutes plus tard, dans une prairie bordée par le Doubs afin de régler nos comptes avec ces messieurs. Sachez seulement qu'une poignée de vétérans enivrés et épuisés par vingt années de guerres ont su apprendre la politesse à ces jeunes freluquets tout juste sortis de l'école. Ceux-ci, sans doute pressés par le honte d'avoir été taillés en pièce par un Voltigeur, petit, vieux et malade, n'ont même pas eu le malheur de se plaindre aux autorités.
Les nouvelles que vous m'apportez de l'Empereur me réjouissent au plus haut point. Je ne connais pas ce Monsieur Mournier, malheureusement, mais je suis rassuré de voir le Tondu entouré par des hommes à ce point fidèles.
J'ai entendu des gens du peuple parler, et beaucoup ici regrettent notre Empereur. Je ne sais pas quelle est la situation de la Capitale, mais il est vrai qu'ici le peuple s'est vite rendu compte que l'Empire qu'il a tant critiqué n'en était pas moins le défenseur de la République et des droits du peuple. La Monarchie les aura vite fait regretter la haine dont ils ont fait preuve à notre égard ces derniers mois.

Je vous souhaite, mon ami, bonne santé et bonne chance. Vous saluerez votre dame de ma part. J'espère vous revoir un jour pour partager un verre avec vous, comme au bon vieux temps de la Prusse et de l'Autriche.



A. Nade
Le 17 juillet 1814 à Besançon



Quote:
Monsieur A. Nade,
17 Rue des Granges,
Besançon.

Cher ami,
J'ai beaucoup ri à la lecture de votre récit de duel. Vous imaginer rosser quelques jeunes idiots a provoqué chez moi un grand éclat de rire. Il en a été de même avec Monsieur Mournier, qui a certainement plus rit que moi. Je me suis en effet permis de lui faire lire votre pli, étant persuadé qu'il l'apprécierai. J’espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.
Je suis devenu très proche avec Mournier. C'est un excellent ami, un fameux buveur, et si nous avions dix ans de moins, nous ne battrions en duel au moins deux fois par jour. Je passe de nombreuses après-midi a me remémorer avec lui les moments passés dans la Grande Armée, un peu comme je le fais avec vous par écrit. Il est certainement autant si ce n'est plus nostalgique que moi de ces belles années.
Un autre fait amusant par ailleurs, il vous connaît ! Du moins, c'est ce qu'il m'a affirmé. Lorsqu'il a achevé la lecture de votre lettre, et qu'il a aperçu votre signature, il s'est exclamé: "Bigre ! Arthur Nade ! Un nom qui ne m'est pas inconnu !". Il m'a confié qu'il se plaisait à souvent lire tous les documents possibles de la garde, et il a étudier un nombre faramineux de dossiers portant sur différents soldats de chaque régiments. Ainsi votre nom lui était familier, même si vous ne vous êtes jamais entrevu. Un homme fascinant, vous dis-je.
Il n'a pas reçu de lettre d'Elbe depuis quelques semaines, et cela l'inquiète. Il m'a dit qu'il irait prendre des nouvelles de son indicateur dans les jours à venir.
Je suis heureux, ma santé s'améliore. Mes douleurs à la jambe gauche, que ce maudit cosaque avait sabré de part et d'autre, on totalement disparues, et je reprend enfin de la joie à boire du vin et à fumer du tabac, sans que mon corps ne me tourmente. Vous devriez voir ma compagne, elle me traite mieux que Louis XVIII ne l'est en son palais. C'est un ange sans lequel je serai perdu.
En revanche, la pension de cette horrible Mère Duval commence à nous agacer au plus haut point. Je cherche actuellement un autre logement où nous pourrions nous installer, mais ma maigre solde n'aide guère à la chose, d'autant que les prix à Paris ont presque doublé.
Je n'ai guère été surpris que vous me disiez que les gens de chez vous regrettent l'Empereur. Je pense que le cas est à peu près le même dans tout le pays. A Paris, il est fort fréquent que des affrontements éclatent, ou que des rues entières soient empoisonnées par l'odeur étouffante de plusieurs drapeaux royalistes brûlés par des anciens soldats.
Malheureusement, à chaque acte arrive une réaction, et chaque jour, des hommes sont fusillés pour des motifs bancals de trahison ou de bonapartisme.
Une dernière nouvelle, enfin, et une qui devrait vous plaire. Votre fils m'a finalement écrit. Le jeune homme s'est confondu en excuses pour son retard, qui est du à une masse trop importante de travail. Il a insisté pour que je transmette, via ce pli, ses respects et ses salutations les plus tendres à votre égard. Il me disait également dans sa lettre qu'il serait ravi de me rencontrer bientôt, je lui ai donc répondu, en le mettant au courant des réunions de Montmartre, et l'ai convié à celle du 5 Août. Je suis encore en attente de sa réponse.
Je vous souhaite bonne santé. Restez en de bonne conditions, mais continuez de rosser des imbéciles, pour le plus grand plaisir de Mournier et moi-même.
Bien amicalement,

E. Thorvain,
Le 2 Août 1814, à Paris.


Quote:
Monsieur E. Thorvain
Pension de Mme Duval
Paris

Cher ami,

J'ai reçu, il y a peu, une missive de mon fils. Celui ci était ravi de la réunion à laquelle il a participé. Il m'a longuement parlé de son regret de ne pas avoir quelques années de plus, je l'ai senti déçu de ne pas avoir connu les années folles qui ont animées nos jeunes années à vous et moi. S'il avait eu notre age, je gage que ce garçon eut un avenir des plus brillant. Il en aura un, j'en suis certain, mais un juriste de son talent, un jeune homme si passionné serait à la tête de la Nation s'il avait vécu au temps de la Révolution. Je me suis battu pour la République, pour l'Empire, j'ai tué au nom de la Convention, au nom de l'Empereur, j'ai marché animé par la Déclaration des Droits de l'Homme et par le Code Civil. Mais c'est avant tout pour ma famille que j'ai enduré toutes ces peines, et je suis fier de voir ce que chacun de mes enfant devient.
Mon fils n'a pas non plus tarit d'éloge à votre égard. Il semblerait que vous luis ayez fait forte impression. "Ce hussard, m'a-t-il écrit, est un géant, il surpasse tous les Cuirassiers. Je voudrais bien rencontrer tout cosaque ou grenadier qui n'a pas perdu espoir en le voyant venir sur eux". Je suis heureux qu'il vous apprécie.
Le même jour, j'ai, à ma grande surprise, reçu un pli de ce Monsieur Mournier. Il m'expliquait qu'il avait fait votre connaissance et celle de mon fils. Le discours de cet homme est empli de nostalgie et gonflé de cet orgueil patriote qui nous a mené si loin. Il m'a pressé de venir aux réunions de Montmartre, malheureusement pour moi, je n'ai ni les finances ni la santé pour entreprendre le voyage.
Je n'ai, pour ma part, pas participé à de rendez vous depuis quelques semaines maintenant. L'un des nôtres a été tué dans une rixe le mois dernier, et depuis lors nous restons sur nos gardes. Guignant, un tout jeune lignard dont le père avait été tué à la Moskowa. Voilà qui est bien malheureux.
Les temps sont durs mon ami, j'ai encore attendu des heures à la Préfecture pour me voir encore refuser certaines soldes que je devrais toucher de mes médailles. Je me refuse à quémander le moindre Franc, le moindre quignon de pain. Je n'ai pas beaucoup d'argent, mais je n'en ai pas moins de fierté. Un soldat de la Grande Armée ne devrait pas s'abaisser aux bassesses de la mendicité.

Je compte sur vous pour me tenir informé des faits de l'Empereur et me raconter les réunions auxquelles vous participez.
Je vous écrirai plus longuement dans les jours à venir.
Je vous salue chaleureusement et attend impatiemment de vos nouvelles.

A. Nade
Le 23 Aout 1814 à Besançon



Par Nade & Erik

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