IVe Corps d'Armée Français

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Inspecteur Général Aux Armées
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Joined: Dec 2013
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Régiment: Commandement Général
Posted: January 2, 2014, 6:41 pm 



http://www.youtube.com/watch?v=Zlg5t11efcE




Et t'y voilà.
L'Espagne.
Terre inconnue dont on t'a tant narré la beauté. Pays sauvage où les femmes sont passionnées, où le vin est sublime, et où les châteaux sont innombrables.

Tu y es entré ce matin, avec ton régiment.
Nous sommes le 19 Septembre 1808, et le 18e Régiment d'Infanterie de Ligne franchit les Pyrénées en direction de Madrid, où l'insurrection Espagnole fait rage.
Et tu es de ceux là.

Tu es Sergent-Chef dans le Régiment. Un rang prestigieux, dont tu as su te montrer méritant au cours de tes campagnes. Tu appartiens au régiment depuis la campagne du Nord sous la République.

Tu marches avec les autres, depuis plusieurs heures sans interruption. Le soleil brûlant et les chemins rocailleux des montagnes sont assommants, et tu traînes ton lourd havresac, haletant. Tes pensées sont obscurcies par la chaleur et l'épuisement, et comme à chaque début de campagne, tu avances silencieusement, en te remémorant les moments de gloire vécus auparavant.
Ton souvenir le plus fort est celui d’Austerlitz. Comme beaucoup d'autres soldats, cette bataille marque une vision que jamais tu n'oubliera. Le soleil se levant au petit matin de la bataille, perçant le brouillard et révélant le Pratzen dénudé, le Maréchal Soult, superbe sur son cheval, menant ton régiment et tous les autres à l'assaut de la gloire, comment tu t'es distingué durant le combat, et comment tu fus promu peu après. Tu n'as rien oublié de tout cela. Tu te souviens même que l'Empereur, à la suite de ces combats, donna le surnom des "Braves" au 18e de Ligne. Ce surnom vous gonfla d'orgueil, et tu rentras en France couvert de lauriers.

La belle vie que tu coulais alors.

En France, tu retrouvas ta femme et ta fille, qui avait encore grandi depuis ton départ. Tu passas des moments de bonheur et de douceur qui te manquèrent dans les plus sanglantes batailles, mais leur souvenir t'a fait tenir bien des soirs, où l'envie de pleurer la guerre te venait.

Après ta dernière promotion au rang de Sergent-Chef, tu te projettes enfin dans l'avenir du régiment, et dans ton avenir d'après guerre. Tu as commencé à accumuler de belles rentes de tes campagnes, et tu te vois déjà Officier dans ton régiment. Pour ça, tu te couvrira de gloire dès que l'occasion s'en présentera. Tu fais confiance en ta baïonnette pour cela, tu es l'un des hommes les plus robustes du régiment.

Tu marches donc, d'un pas irrégulier, cognant parfois sur une pierre ou un talus. Tous ces souvenirs se mélangeant dans ton esprit te font arborer un sourire apaisé. Tu évites bien sûr de te remémorer les passages moins glorieux de cette épopée, et les images encore brûlantes des pillages et des viols, des massacres et des maladies, ne sont pour toi que des mauvais cauchemars, qui reviennent parfois te hanter, mais que tu refoules toujours très vite.

Tu es heureux, au final. Cette nouvelle campagne qui débute en Espagne te permettra de gagner toujours plus de renommée, de rentes, et qui sait, de chevrons. On se plait souvent à dire, dans la Grande Armée, que là où les troupes françaises passent, les frontières de la gloire s'allongent pour les suivre. Belle vision.

L'heure tourne alors que le régiment marche encore, et le soleil désormais couchant embrase le ciel d'un rouge écarlate qui te réchauffe le cœur. Tu souris de plus belle, car l'heure de poser le camp arrive, et alors les hommes pourront prendre un repos mérité. Le régiment partage cette même pensée, et une chanson se lance. "Le Départ de Boulogne", l'une de tes préférées, parfait. Le régiment redouble le pas, et quelques heures plus tard, l'arrêt complet se fait, on sépare les bataillons, le tien va se loger dans une charmante clairière d'un bois peu profond, ou l'herbe est fraîche et douce. Les hommes posent leur havresac par terre, et aussitôt se couchent, tous sont épuisés. Tu les rejoins bien vite, toi même fourbu par cette journée de marche sur toutes ces routes poussiéreuses.
La tête, dénudée de son bicorne, posée sur ton sac, et confortablement allongé sur l'herbe, tu regarde le ciel s'assombrir lentement, en arrachant quelques brins d'herbe ici et là.
Certains autour de toi dorment déjà, et plus les minutes passent, plus sont nombreux ceux qui rêvent.
Dans cette petite clairière où une vingtaine d'hommes vont passer la nuit, le silence se fait, et tu es bientôt le dernier à t'endormir, alors que le ciel au dessus de toi n'est éclairé que par la lumière d'une timide lune qui luit à travers les feuilles des arbres.

Dans ton sommeil, tu rêves déjà de batailles, de la gloire dont tu te couvrira bientôt, de médailles, de galons, de vivats, de charges frénétiques ou de mouvements audacieux. Tu rêves de victoires. Tu rêves d'Austerlitz.
Et puis tu rêves de paix. Ta femme et ta fille occupent ton esprit, tu les vois danser, chanter des douces mélodies, tu vois ton foyer modeste, tu vois ta famille grandir dans le bonheur. Tu te vois vieux, mariant ta fille à une gendre honorable qui fera son bonheur, et tu te vois mourir en paix, sur ton lit, ta famille autour de toi, tes lauriers au dessus. Tu rêves d'une telle fin, tu rêves d'une vie de gloire puis d'une vie de repos, tu rêves d'une vie de révolutionnaire et d'impérialiste, tu rêves d'une vie de soldat, et de mari.



http://www.youtube.com/watch?v=WN7MJISCA2A




Tu as l'impression étrange que quelques bruits étrangers viennent perturber ton rêve si doux, mais n'y prête qu'une maigre attention. Le bruit des feuilles des arbres au vent te fait te sentir bien, mais le bruit étrange est toujours là.
Les minutes passent, et le bruit ne cesse pas. Tu es désormais tiré de ton sommeil, mais tu gardes tes yeux fermés, ne voulant pas briser cette osmose dans laquelle tu baignes.
Un bruit plus fort et dérangeant que les autres te fait finalement ouvrir les yeux. Et tu te glaces d'effroi, à la vue de cette silhouette maigre et fantomatique debout en face de toi. Tu n'as pas le temps de parler, la silhouette se jette sur toi, et t’immobilise avec une agilité et une aisance qui te coupent toute voix. Très vite, tu entends déjà le bruit glacial de la lame sortie de son fourreau, et le maigre fantôme pose un couteau sur ta gorge dénudée, et la tranche d'un bout à l'autre dans un mouvement hasardeux. Tu suffoques. Des maigres hoquets s'échappent de ta bouche, alors que le flot de sang jaillit déjà de ta trachée. Le fantôme fait taire ces hoquets en repassant sa lame sur ta gorge à deux reprises, cisaillant les derniers liens qui te retenaient à la raison. Dans tes dernières secondes de vie, tu trembles, ton corps est froid comme la glace, tu portes ton regard autour de toi, et te rends compte que tes vingt camarades subissent le même sort que toi. Des dizaines de silhouettes fantomatiques sortent chaque soldat de son sommeil glorieux, l'égorgeant violemment et sans retenue. La pelouse fraîche de la clairière est inondée de ton sang, et de celui de tes amis, dans lequel tu baignes impuissamment.
Enfin, dans ton dernier souffle de vie, tu distingues finalement les traits du fantôme qui se tient toujours sur toi, le couteau à la main. Il tremble, il suffoque, il semble terrifié. Une lueur apparait, et tu peux voir son visage.

C'est un enfant.
D'une quinzaine d'années tout au plus, les cheveux mi-longs en bataille, le teint crasseux, l'enfant est paralysé à la vision de son œuvre, à la vision de ta gorge vidée de son sang, qui parfois fait surgir un mince filet de ce qu'il te reste de vie sur la pelouse rougeâtre.

Tu quittes finalement ce monde avec la pensée trouble de ton aimée et de ta fille, dans un dernier râle de ta lente agonie. Tes yeux se ferment sur la vision de l'enfant espagnol en larmes, implorant certainement Dieu de quelque prière.

Les Français comprirent bien vite qu'en entrant dans cette guerre sur ces terres dont on leur a tant narré la beauté, la frontière de la gloire, ne s’avancerait pas avec eux.


Par Erik

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